Viande in vitro versus viande conventionnelle : quelle acceptation socio-culturelle ? Quel impact réel sur l’environnement ?

Viandes - Poisson - Œufs Ethique et Responsable 07/02/2020

Face à l’enjeu de satisfaire la hausse de la demande alimentaire liée à la croissance démographique mondiale, tout en limitant les impacts négatifs de la production sur l’environnement, les initiatives destinées à penser autrement les façons de produire et de consommer gagnent du terrain.

Concernant la boucherie, le segment concentre les critiques en raison de son empreinte écologique élevée… D’après la FAO, l’élevage serait responsable de 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Quelles mutations envisagées pour le marché mondial de la viande ?

Selon les prévisions du cabinet de conseil A. T. Kearney, le marché mondial de la viande s’apprête à connaître une profonde mutation au cours des deux prochaines décennies :

  • Les ventes de viande conventionnelle, c’est à dire issue d’animaux d’élevage, devraient diminuer de manière significative dans le monde.
  • Dans le même temps, les analystes prévoient une augmentation de la consommation de « viande végétale » (substituts de viande) et de « viande » de synthèse cultivée en laboratoire (ou viande in vitro).
  • Toujours d’après ces projections, ces alternatives à la viande pourraient alors dépasser les viandes d’élevage en matière de chiffre d’affaires mondial à l’horizon 2040.

 

Si elle n’en est encore qu’à ses prémices, la culture de viande en laboratoire semble, sur le papier, une alternative durable à l’élevage et représente déjà un eldorado pour les startups…

Mais le procédé technologique nécessite encore des améliorations pour entrevoir une production à grande échelle et l’impact environnemental réel a été remis en question.

Le problème du long terme de la viande cultivée

Certes, la première comparaison scientifique entre la viande conventionnelle et la viande in vitro dévoilait en 2011 une réduction de gaz à effet de serre entre 78% et 96 % ainsi qu’une utilisation d’énergie et d’eau en baisse de respectivement 7 à 45 % (concernant l’énergie) et 82 à 96 % (concernant l’eau).

Mais des études plus récentes, notamment celle publiée par des chercheurs d’Oxford, suggèrent que son impact environnemental pourrait être supérieur sur le long terme à celui de l’élevage…

Contrairement aux travaux précédents, ceux-ci ont pris en considération non seulement la nature des gaz émis, mais aussi le coût énergétique des infrastructures nécessaires aux cultures cellulaires (notamment en matière d’environnement stérile, ayant recours à du matériel en plastique à usage unique).

Concrètement, selon l’étude publiée dans la revue Frontiers in Sustainable Food Systems, les élevages de ruminants rejettent beaucoup de méthane alors que les laboratoires rejettent plus de CO2.

Le méthane est vingt-cinq fois plus puissant en matière de réchauffement de l’atmosphère, mais son effet ne dure qu’une douzaine d’années. Pour le CO2, son effet, se mesure à plus d’un siècle… Ainsi, pour les calculs à long terme, le CO2 est donc beaucoup plus nocif.

De plus, le bétail fournit de nombreux produits dérivés autres que la viande. Il participe également au recyclage de quantités importantes de déchets végétaux que l’Homme ne peut consommer et produit de l’engrais. De plus, les pâturages permettent une séquestration du carbone.

 

Le coût environnemental à long terme d’une transition de la viande conventionnelle vers la viande cultivée, extrêmement complexe à évaluer, ne semble donc plus plaider en faveur de la viande in vitro….

De plus, alors que les tendances alimentaires actuelles vont plutôt dans le sens d’un retour au naturel, il semble nécessaire de mener des études plus approfondies sur l’acceptation socio-culturelle de ces nouveaux aliments.

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